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18 février 2015 3 18 /02 /février /2015 15:53

 

 

 

Il n’était pas une fois, il y eut plusieurs fois, la jeune fille de cette histoire n’est pas dans un conte de fées habituel.

   Magdalena chante au Café de la Gare dans le XVIème arrondissement de Paris, elle chante devant une centaine de personnes dont les visages sont tamisés par la lumière: le vieux Georges est avachi devant sa pinte de bière habituel, regarde la mousse disparaître progressivement, comme si le temps lui filait entre les doigts. Il philosophe à sa mesure notre bon vieux loulou.

La chanson d'la fille ? Il en a rien à foutre. Cette fille se met en scène comme une prostituée, merde ! on va pas non plus la féliciter pour des vibrations dans le gosier ! Hips !

Juan Sanders est là lui aussi. ll n' a pas dit qu’il viendrait voir sa Lady, non, il se cache dans un coin et fume sa vie tranquillement envôuté à l'arrière de sa tête. «  Espèce de salope ! » hulule le gros Jack. Planté devant la chanteuse, il lui claque ça dans les dents pour échauffer la salle. Magda continue la chanson sans broncher. Elle ne les regarde pas.  Elle en a gagné en l’espace d’un mois, la voilà sur scène, elle chante «  I «  d’Aretha Franklin et c'est tout ce qui compte. Dans deux minutes, elle va entendre les gens l’applaudir puis disparaître dans ses propres coulisses. Elle déteste se mettre en scène, ça lui ressemble tellement pas mais c’est une discrète excentrique. Ca ne tourne pas rond. Elle aime chanter toute seule, elle chante devant ces cons. Ambivalente contradiction.  Dans deux minutes elle va se démaquiller, retirer ce putain de masque qui l’étouffe. Elle fait ça pour quoi alors ? La passion évidemment, et le fric accessoirement, n’exagérons rien, c'est pas du tout du tout son genre.

Elle pensait sûrement que la vie était un conte de fées, qu’en chantant elle redonnerait quelque chose de plus précieux que toutes ces choses matériels. Divertir les gens ouais. C’est pas possible ma cocotte ! La plupart des gens n’aiment pas ceux qui réussissent, ça leur renvoit leurs propres faiblesses? Les gens qui sont v'nus viennent voir si tu vas pas te planter dans ta chanson pour ta première, ils veulent qu’une chose: que tu te plantes ma vieille !

      Ils savent pas que la Magda est pas fière du tout de ce qu’elle est. Bah oui, elle en a emprunté des chemins bourbeux avant de débarquer ici. Fichtre, les gens viennent applaudir une pauvre fille, qui au bout du compte, ne sait pas ce qu’elle veut, ne sait pas qui elle est, une paumée écorchée par la vie en somme. Retourner dans l’ombre ? Oui, elle va sûrement faire ça. Dans une minute, elle va devoir saluer ces vieux cons, se faire séduire par des lourdeaux de mes deux. Rideau.

Elle enlève le masque dans cette petite pièce qui lui est réservée. Elle se sent salie par le regard, dénaturer de ce qu’elle est vraiment, elle fait rêver mais c’est pas elle. Elle va rentrer chez elle, la mine crevée par ses sourires forcées. Elle s’est forcée à faire la belle, forcée à chanter, forcée à atteindre un idéal qu’elle n’a pas, qu’elle n’est pas. Elle tente de garder sa lumière à elle, son innocence mais les rumeurs dans les coulisses, les bruits qui courent à propos d’elle, ça la bousille Magda.

 

Y a que Juan qui la comprend, il est discret, généreux, et puis surtout il reste dans l’ombre. C’est son calmant à elle, le seul être qui sonne vrai dans son monde à elle. Il creuse Magda, il la dépouille de ses artifices, il lui dit de pas sombrer dans ce jeu des apparences qui pourrait l’engloutir, déjà que…l’hypocrisie déteindrait presque sur elle… y a ceux qui disent qu’ils ne le sont pas, c’est les pires ceux-là, des frustrés, souvent. Y a ceux qui jouent à ce jeu de dupes, mais ils sont parfois lucides sur la vanité des choses.

On a besoin de se divertir, c’est comme ça. Et puis, y a les âmes pures comme Juan, qui te foutent la vérité dans la gueule. Arrête de faire ta Lady, arrête de filouter avec le vieux Brown, arrête ton p’tit cinéma, arrête d’être quelqu’un d’autre. T’es pas miss parfaite, t’as pas les dents blanches, ta vue est pourrie, mais t’inquiètes" j’aime tes hanches". Continue de chanter avec cette spontanéité qui dit: «Je suis ce que je suis ».

 

Juan, c’est le seul à comprendre la grande Magda, il voit bien que c'est une petite brique qui dépasse du grand Mur. Elle jure avec le monde où tout résonne comme un faux accord.

 

Mais tu t'en fous du monde!

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